Evan tenta de porter sa main gauche à sa bouche pour tâter l'origine de cette douleur qui le lançait dans tous l'avant du visage. Des ronces s’agrippèrent à la manche de sa chemise de lin. Il tira en se piquant un peu l'avant bras. Le tissus s'accrocha légèrement mais la chemise qui n'était plus qu'un lambeau rapiécé depuis longtemps ne résista pas lorsqu'il tira plus fort. Du bout des doigts, il senti le coté droit de sa lèvre du bas gonflé comme une gourde en vessie de porc pleine à en exploser. A l'intérieur de la lèvre, il sentait une plaie ouverte qui brûlait et piquait lorsqu'il essayer d'articuler en grimaçant. Le gout du sang était encore présent. Mais à part ce coup aux lèvres, le reste du visage semblait avoir été épargné des jets de pierre dont l'enfant avait fait l'objet. Il se souvenait avoir reçu quelques projectiles dans le dos durant sa fuite, mais ce dernier, soumis à la torture des ronces et aux courbatures dues à sa positions statique sous ce buisson plusieurs heures durant, ne lui faisait plus ressentir qu'une vague de multiples douleurs dont il était impossible de distinguer les origines.
Poussé par la pénombre qui gagnait progressivement son combat contre la lumière du jour, poussé par le froid du sol qui glaçait son corps meurtris, poussé par les courbatures, les piqûres des ronces, poussé par la faim et la peur de se retrouver seul à l'orée de la foret à la nuit tombé, l'enfant décida de se dégager pour sortir de sa protection végétale.
De l'extérieur on aurait pu voir le buisson trembler, bouger, remuer par à-coups. On aurait pu entendre les feuilles qui se froissent, les brindilles qui se cassent et les tiges qui s'arrachent en s’agrippant aux vêtements de l'enfant, accompagnés par quelques râles. On se serait attendu à voir s'extraire de cette boule végétale, un animal comme un lièvre pris au piège, un renard ou un sanglier. On ne serait jamais attendu à voir cette grosse tête toute ronde, aux joues rebondies, les pommettes écarlates, aux cheveux courts et hirsutes, la frange en dents de scie irrégulières, aux petits yeux effrayées mais dont une lueur de malice et d’espièglerie perçait du noir profond tel un éclat de diamant incrusté dans la pupille.
On ne se serait jamais attendu à voir sortir du buisson ce corps grassouillet, à l'allure pataude d'un paysan mal dégrossi, vêtu de hardes déchiquetées et remuant ses mains et ses pieds noirs de crasse pour s'extraire de ce ventre de ronces tel un golem naissant d'une marre de boue fécondatrice.
Evan se mit debout. La forêt sombre et inquiétante dans son dos. La prairie violacée foncée à ses pieds. Et de l'autre coté de cette frontière herbeuse, les maisons du village dont on commençait à apercevoir les lueurs des bougies, apportant lumière et chaleur dans les foyers rassurants en cette soirée dont les odeurs de l'air faisaient sentir la fin de l'hivers et l’arrivée prochaine du printemps.
Mais pour Evan, la vue des maison du village ne représentait rien de protecteur et réconfortant.

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